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Il y a quelques années, quand j'avais le plaisir de faire de la radio, je préparais chaque semaine un billet d'humeur. Comme mon humeur était souvent mauvaise mais pour rire, j'avais baptisé cette séquence la "Chronique néphrétique". La voici donc ressuscitée, avant tout pour ma plus grande satisfaction mais si ça peut intéresser quelqu'un d'autre c'est tant mieux. J'essaierai de tenir un rythme mensuel et même d'agrémenter de temps à autre ma prose d'une photo, histoire de lui donner un alibi sans lequel elle n'aurait rien à faire ici. Ceci dit, entre l'intention et son accomplissement, il apparaît parfois un décalage. On verra bien.
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Amateurs |
- | 04 avril 2003 |
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Au risque de manquer un brin d'originalité il est difficile, dans les circonstances actuelles, de tenir une chronique sans parler de ce qu'il est convenu d'appeler la deuxième guerre du Golfe, pas plus officiellement déclarée d'ailleurs que la première.
Depuis deux semaines déjà, chaque jour que Dieu / Allah / la rotation de la Terre sur son axe fait, nous sommes abreuvés, submergés d'informations que les journalistes tentent, tant bien que mal, d'extraire de la propagande des deux camps. Et lorsqu'on suit avec un tant soit peu d'assiduité le déroulement des événements, on ne peut s'empêcher d'être ébahi par l'amateurisme de cette opération.
Pendant plus d'un an, l'équipe de George W. Bush a préparé cette guerre. Tout était réglé comme du papier à musique : convaincre l'opinion publique mondiale et l'ONU ; rallier les pays frontaliers pour établir des bases et attaquer sur plusieurs fronts ; étourdir le peuple et le régime sous le choc d'une attaque massive ; balayer toute résistance en quelques jours ; porté par les hourras des autochtones enfin libérés, installer un régime qui servirait, sinon de flambeau à la gloire de la démocratie, du moins de tête de pont aux intérêts des Etats-Unis dans la région.
Toutes ces étapes, les unes après les autres, ont échoué. L'histoire en est connue : l'échec à l'ONU et auprès des citoyens du monde, dont la France est sans doute bien moins responsable que l'inexcusable mascarade des "preuves irréfutables" jetées en pâture au Conseil de sécurité ; le refus d'alliés pourtant anciens de se laisser acheter et de permettre l'utilisation de leur territoire ; l'insistance du régime irakien à garder ses esprits ; cet incroyable manque de tact des populations locales qui hésitent à lancer des pétales de rose devant les chenilles des chars de leurs envahisseurs ; le besoin pressant d'une force bien plus grande que celle prévue au départ, pour une guerre plus longue. Jusqu'à l'objectif de guerre qui change au beau milieu des combats ! Lancée pour désarmer l'Irak, le but rhétorique de l'intervention est désormais de faire tomber le régime en place, tant il devient clair que les armes de destruction massive dont on nous rebattait les oreilles s'avèrent n'avoir été que des armes de distraction massive, pour reprendre un calembour en vogue dans les quelques milieux encore lucides outre-Atlantique.
Qu'un plan échoue, soit. On ne peut prédire tous les obstacles qui se dresseront sur la route. Mais au moins, on s'y prépare. Ca fait 2500 ans que Sun Tzu a énoncé ce principe dans l'Art de la guerre, ce n'est pas vraiment un scoop. Or l'écriture de cette triste histoire semble se faire dans l'improvisation la plus totale. A aucun moment la moindre alternative sérieuse au plan initial n'a été envisagée. L'ONU n'est pas d'accord ? Tant pis, on y va quand même. La Turquie nous claque dans les pattes ? Tant pis, on fera sans. Le peuple irakien défend cette chose qu'il ose appeler un pays ? Tant pis, on tire dans le tas. Le régime ne maigrit pas ? On manque d'hommes et de moyens ? Tant pis, marquons une pause et envoyons là bas des renforts qui n'étaient à aucun moment prévus pour.
Qu'est-ce qui ratera ensuite ? L'état de tension du monde, et particulièrement du Moyen Orient, laisse craindre le pire. Si les crises à venir sont gérées de manière aussi compétente, ça promet.
Cette improvisation ferait presque croire que les responsables de ce fiasco étaient au moins autant persuadés que Dieu exécuterait leur volonté qu'ils pensaient exécuter la Sienne. Tout cela laisse un goût bien amer dans la bouche du spectateur désemparé que je suis. Car cette bande d'amateurs pétris d'arrogance, hors de tout contrôle, joue avec le destin du monde, c'est à dire celui de chacun d'entre nous.
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